Depuis que nous avons quitté les îles Lofoten, le voyage a pris un autre sens. C’est devenu un voyage de pêche. J’explique. Thomas avait acheté canne, fil, moulinet, boite de pêche, crochets en acier et leurres tout au début des îles Lofoten (il n’avait pas pêché depuis 15 ans ce qui explique que nous ayons eu à tout racheter de zéro). Si les Lofoten sont si réputés pour la pêche, c’est parce qu’elles se situent en plein océan avec des bords de mer plongeant à l’aplomb directement à plus de 50m de fond ! Et que dire des Fjords de la côte norvégienne qui plongent à 100, 200, 300, voire même plus de 1 000m de fond, en plein milieu du pays. En gros, pêcher depuis les rochers aux Lofoten ou dans les fjords revient à la même chose que pêcher depuis un bateau ! Et ça, ça veut dire que les beaux poissons sont là, accessibles à n’importe quel pêcheur sans avoir besoin de louer un bateau à plus de 150€ la journée. Lieu noir, morue, rouget, maquereaux et bien d’autres sont là et sont faciles à prendre! De quoi soulager notre budget courses… Mais le mauvais temps (et les mauvais bivouacs, il faut le dire) ne nous a pas donné beaucoup d’occasions de pratiquer sur les Lofoten.

Chaque jour quelques heures de pêche! Parfois rien, souvent peu et de temps en temps très gros!

Dès le retour au continent, une très bonne occasion s’est présentée à nous : le Saltstraumen. Connu pour être un des plus puissants tourbillons marins du monde, ce lieu présente 4 fois par jour un passage impressionnant de marée sous un énorme pont. Imaginez un Fjord de plusieurs km de long se vider et se remplir par un espace de seulement quelques dizaines de mètres ! De quoi créer de sacrés tourbillons. Certains disent même qu’ils pourraient engloutir des bateaux entiers ! Même si cela semble peu probable, ce fort courant reste extrêmement dangereux et il est hors de question de se baigner, ou de naviguer ici à moins d’un puissant moteur. Les tourbillons qui se forment derrière les obstacles ont un autre intérêt : ils cassent le courant, amènent des nutriments du fond attirant les petits poissons, attirant eux même les gros poissons prédateurs, et les pêcheurs le savent bien ! Ils y viennent tous les jours. Thomas en a donc profité pour tester son matériel. Le premier soir fut un simple échauffement, histoire de prospecter la zone. Le lendemain, il reviendra à la voiture en me disant, la tête dépité « Bon… ça ne sert à rien de continuer », puis il me montrera avec un grand sourire un immense lieu noir (84cm pour 4 à 4,5kg) qui fera de lui la star du jour dans le coin ! Voilà un extrait de son carnet de bord :

« Avec ce débit, et ces remous, les nutriments sont charriés sur toute la colonne d’eau, permettant à tous les poissons de se nourrir. Petits comme gros, voire très gros. De plus, le fort courant et le relief très abimé de la Norvège donnent de nombreuses opportunités d’avoir accès dès le bord de mer à près de 20,30, 40m de fond. Et c’est là que les gros poissons se trouvent. Je me mets à pêcher au leurre coulant dès 9h30 du matin. Parti pour une heure seulement, je reviendrais vers 11h30 bredouille. Le gars à côté de moi, quand à lui, en aura pris trois. Des lieux noirs (colins) de 30 à 40cm peut-être 50. A peine la taille légale en pêche commerciale et surtout en dessous de la taille de première reproduction de 55cm. Frustré, je retourne pêcher vers 14h.

 

La marée descend et forme plus de tourbillons que le matin à marée montante. Comme tout le monde, je jette mes leurres coulant dans les remous, dans le courant, en haut de la colonne d’eau, plus au fond. Rien… mes voisins en prennent un peu mais rien de folichon. Puis je vois à moins de 5 mètres, à gauche, dans les tourbillons, des poissons remontés à la surface. Une fois, deux fois. Les goélands tournent aussi beaucoup autour de nous et tombent sur les tourbillons en ressortant avec de quoi manger. Une chasse est en cours. Sans rien ne dire à personne je prends le contre-pied de tout le monde. Au lieu de pécher au leurre coulant je pêcherais au leurre flottant, rouge qui plus est !

 

Je l’envoi d’abord dans le courant principal en face, le laisse dériver vers la droite et le met en action. A un moment le leurre sort du curant principal et revient tout seule vers moi pour finalement s’éloigner vers la droite. Il fait des tours grâce à ces courants de retour ! Hum… une idée germe. On va le laisser dériver vers les tourbillons de gauche où les poissons sont remontés tout à l’heure. Paf une touche. Je ferre mais j’avais laissé trop de mou. Paf seconde touche lorsque je ramène le leurre pour le replacer. Deux loupés en 10 secondes ! L’excitation monte et je pense que personne ne me remarque vraiment à ce moment-là. Il y a une demi-douzaine de pêcheurs plus ou moins expérimentés et surtout une vingtaine de badauds venus assister au phénomène et au spectacle de la pêche. A ce moment je ne pense pas à cela mais je vais leur offrir du spectacle. Le leurre dérive doucement vers le tourbillon. Il manque de mou. Je laisse donc filler un mètre de fil. Puis deux, mais, apprenant de mes loupés, je ne laisse jamais le fil trop peu tendu. Je vois mon leurre en forme de poisson rouge flotter et être malmené aux abords du tourbillon. Il ne s’anime pas du tout, il ne fait que flotter mais les billes à l’intérieur tintent et cette nage totalement aléatoire et désordonnée laisse à penser que c’est un petit poisson qui se serait égaré et qui n’arrive pas à se sortir d’un courant trop fort pour lui. En un dixième de seconde une masse brun/noir brillante passe à la surface et emporte le petit poisson rouge de plastique. Tac ! Je le ferre. Ma canne de rivière plie en arc de cercle allant presque jusqu’au demi-tour. Je tire, je mouline, je tiiiiiirrrrreee… je mouline, je tends et vérifie que ça bouge toujours au bout de la ligne. Oui ça bouge encore ! Je ne sais plus ce qui se passe autour de moi à ce moment. Les regards, les attitudes… tout ce qui compte c’est de ne pas foirer ma seule vrai belle série de touche du séjour ! Alors je remonte petit à petit le poisson qui arrive enfin. Une masse plus grosse que d’habitude. Impossible de le soulever à la canne. Je descends vers le bord avec mon crochet de boucher acheté au rayon chasse en même temps que le matériel de pêche il y a quelques jours. Je crochète les ouïes et le soulève. Wouhou !!! Il est gros et lourd. Je reste concentré pour ne pas tomber à l’eau dans ce courant monstrueux qui me ramènerait bien vite vers Bodo à 30 km de là ! Je reviens vers une zone safe et pend le poisson à la chaine derrière moi qui sert de garde au corps (oui celle qu’il ne faut pas dépasser pour être en sécurité…). Le poisson touche le sol ! Tout le monde se tourne vers moi. Couteau Morta entre les yeux, puis je l’éviscère. Les goélands raffolent de toutes ces tripailles jetées à la mer. Le sang coule pas mal vu la taille de ce lieu noir et les badauds regardent à la fois surpris, fascinés et parfois un peu dégoutés aussi de voir mes mains rouges sortir des entrailles du poisson. 84cm et surement près de 4kg (Max exceptionnel de l’espèce 130cm pour 30kg). Ce sera le plus gros poisson pêché de la journée !

 

Content, je reste cependant calme et repart humble. On aura de quoi manger ce soir ! Je me fais arrêter par un allemand qui appelle sa femme pour regarder le poisson que je ne peux porter à bout de bras sinon il touchera par terre. Puis à chaque pas on me demande une photo. Je reviens à la voiture et le ballet des admirateurs recommence. Certains vont même aller jusqu’à me demander le matériel que j’utilise, si leur leurre est bon, où il faut pêcher… « Hey les gars ! J’ai juste été observateur et malin (pour une fois) et c’est tout ! Ça fait 15 ans que je n’ai pas touché de canne à pêche. »

 

On lèvera les filets sur les ailes du Def, on se coupera 6 belles portions et on retournera jeter la tête et les restes à la mer. Là aussi les goélands nous repèrent de loin et planent au-dessus de nos têtes durant tout le chemin ! Ensuite on va faire quelques courses pour avoir de quoi faire nos trois repas de colin (= Lieu noir) et on dormira le ventre bien plein ! J’aimerais retourner m’amuser à en prendre d’autre mais nous n’aurons pas la place dans le frigo et je ne veux pas abîmer un juvénile ou crocheter par les ouïes un adulte qui serai relâché par la suite. Pas de souffrance inutile. Alors je me résigne et résiste à l’envie d’y retourner. »

 

Sacré fierté! Un premier et le plus beau des poissons pris ici!

Nous l’aurons mangé pendant quelques jours, enrichissant fortement nos repas et boostant notre niveau de confort pendant le voyage (enfin des vrais repas) !

Puis on repasse par le cercle polaire arctique, cette fois-ci en redescendant vers le sud. Gros contraste avec le premier passage du cercle : le Soleil est très fort et les températures bien hautes ! On pourra même se laver dans une rivière aux eaux tièdes le soir même! Sommes-nous toujours en Norvège ?! Dès la prise de l’énorme lieu noir (dès qu’on a eu de nouveau la place dans nos tupperwares, en fait), chaque soir on cherchera un bivouac qui donne en plus de la tranquillité recherchée habituellement, des possibilités de pêche. Dans un coin, on voit des pêcheurs autour de nous prendre des dizaines de maquereaux en seulement quelques minutes ; dans d’autres coins, Thomas attrapera des morues trop petites pour être mangées (50 cm), un autre jour Thomas prendra un gros maquereau (40cm) pendant que je prépare le repas et observe un marsouin passer… et la semaine s’écoulera ainsi.

Passage sous le cercle polaire! Le soleil reviens te je m’en réjouis!

Les parties de pêche sont aussi l’occasion de nous approcher de la vie marine, de nous forcer à être dehors et, parfois… de se faire surprendre par la Nature ! Comme ce jour où Thomas est allé pêcher sur le pont à côté de l’aire de pique-nique où nous bivouaquions alors que j’étais restée dehors en train d’écrire sur mon carnet de bord. Et là, un appel radio de Thomas a interrompu ma rédaction pour une bonne raison: « Alice, il y a des globicéphales qui passent sous le pont, vite, viens voir ! ». Des globicéphales !!! Une première pour moi ! J’ai couru assez vite et eu le temps de voir le groupe d’une dizaine de ces énormes cétacés passer à quelques dizaines de mètres ! Thomas les aura vus à moins de 50m ! De quoi m’assurer d’avoir le sourire pendant plusieurs jours. Le lendemain, je les reverrais avec l’aide de mes jumelles. Ces deux jours resteront pour toujours parmi nos meilleurs souvenirs de tout notre voyage. Huit maquereaux et deux lieux noirs pêchés en compagnie de nos amis Eloetseb&co en Europe, sous un paysage sublime, silencieux et la cerise sur le gâteau : des marsouins qui nous rendent une visite privée! Cette journée a été tellement spéciale et si révélatrice de ce qu’est la magie de la vie en voyage, que nous en avons fait un article dédié ici. Les marsouins ? On les voit encore une troisième fois un autre jour! Quatre jours en train d’observer des cétacés tous les jours juste devant nous ! Vive la Norvège et ses fjords ! Et puis une semaine plus tard encore un marsouin qui passe devant Thomas qui pêche alors que je suis encore à me prélasser dans le lit plusieurs dizaines de minutes après qu’il ne se soit levé. et encore une fois à moins de 10 mètres cette fois-ci lorsque nous pêchions sous un pont au Sud de Bergen!

Un plaisir quasi quotidien de pouvoir se nourrir de sa propre pêche du jour

En dehors de la pêche et des cétacés, cette partie de la Norvège (de Bodo à Bergen) nous a aussi permis de parcourir certaines des routes les plus célèbres du monde : la route de l’Atlantique, la Trollstigen (l’échelle des trolls), la route du Geirangerfjord et la route 55 qui serpente entre les glaciers à plus de 1 000 m d’altitude. Si la première ne nous a pas séduits plus que ça, les trois autres nous ont émerveillées. La Trollstigen restera pour moi comme un des plus beaux paysages de ma vie avec ses boucles en épingle montant jusqu’au plateau entouré de gros blocs de neiges. La Route 55 la suit de près, surtout avec l’omniprésence des glaciers et le passage au milieu des deux tiers des sommets de plus de 2000m de la Norvège !

La superbe route des trolls! Une de mes préférée… peut être même plus que la Transfagarasan de Roumanie avec ses ours!

Il ne nous reste plus qu’une semaine avant le départ pour l’Islande. Il fait pourtant bon vivre ici et l’on se surprend à parfois à ne plus vouloir quitter ce pays où nous ne sommes pas juste des touristes parcourant la Nature, nous sommes des visiteurs qui la vivent pleinement !

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