Deux mois de voyage se sont achevés, le printemps avance, c’est l’heure de commencer notre montée vers le Cap Nord si on veut y être pour le solstice d’été.

Après la traversée de la Bulgarie en deux jours, rendez-vous en Roumanie, notre dernier pays du Sud-Est européen ! Nous avons passé la frontière sans beaucoup d’enthousiasme, pour être franche. Rentrés dans le pays par la ville portuaire de Constanta, nous irons passer notre première nuit au camping pour profiter d’une douche chaude et d’un peu de calme. Et pour 8€ la nuit nous ne nous priverons pas d’y revenir deux nuits de plus avant de quitter la côte roumaine !

Ici les bergers sont encore très présents avec leurs animaux. Sur la côte peu de danger, mais dans les montagnes ils offrent aux moutons une protection contre les ours et les loups!

Les premières sensations d’être dans un nouveau pays commencent le lendemain de notre arrivée. Après une visite chez Land Rover à Constanta pour changer une pièce de caoutchouc (les silentblocs de la barre Panhard) ; nous sommes partis en direction de Histria à une cinquantaine de km au Nord. Ce site se situe à l’entrée de la réserve naturelle du Danube qui couvre à la fois le site du delta en lui-même au nord, et la quasi-totalité des zones humides de la côte Roumaine au sud. Ce site borde un lac annoncé dans le guide du Routard comme étant plein d’oiseaux et serpents. L’idée était d’y dormir, mais la présence massive de moustiques nous en aura dissuadés ! Nous partirons donc sans une petite surprise ! Nous avons eu la joie d’observer un vieux compagnon des zones humides déjà aperçu au Péloponnèse : le chacal doré (Canis aureus). On a enfin pu photographier et filmer! Et puis, en montant vers le mont Sinoe, point culminant de la région de quelques dizaines de mètres, on aperçoit les premiers grands pélicans blancs (Pelecanus onocrotalus). Ils sont des dizaines à passer juste au-dessus des champs de colza en fleur ou de blé encore vert, et surtout juste au-dessus de nos têtes! Ces énormes oiseaux volent avec la grâce d’un ballet nous offrant une scène inoubliable.

La côte roumaine offre de très nombreuses pistes entre champs et marécages

L’étape suivante fut Tulcea. Cette ville ne vaut le coût que pour sa position stratégique à la fin du Danube/début du delta. Elle est encore une fois très industrielle. On y découvre plusieurs dizaines de compagnies privées proposant des excursions en bateau dans le Delta. Comment savoir quelle sera la meilleure?! Après un tour à l’office de tourisme, nous cherchons un prestataire en particulier : CHETTUSIA. Il annonce des sorties de Bird watching et études de la nature contrairement à tous les autres qui ne parlent que de ballade à la journée ou à la demi-journée. Nous longeons donc les quais lorsque deux Néerlandais nous accostent. Ils cherchent eux aussi à faire un tour dans le delta, mais personne ne veut partir avec seulement 2 personnes. Ils veulent donc constituer un groupe de 6 à 8. On discute un peu avec eux puis avec un couple roumain pour voir si nous voulons faire la même chose et on s’accorde pour partir le jour même tous les six. Cela nous presse un peu car nous voulions prendre le temps de trouver la meilleure compagnie, mais bon… on va essayer de trouver CHETTUSIA ! Mais les deux Néerlandais vont alors nous proposer d’aller voir la compagnie avec laquelle ils ont tenté de partir quelques dizaines de minutes plus tôt. Le gérant y est un peu agressif et trop « jeune trentenaire branché» à notre goût. Quelque chose ne va pas. Nous insistons sur le fait que nous voulons observer les oiseaux du delta et les photographier pendant une ballade de 6-7h. Tout le monde semble OK, on nous dit « oui, oui, pas de problème ». Nous nous donnons donc rendez-vous 15 minutes plus tard, le temps d’aller prendre l’appareil photo et des biscuits pour tenir jusqu’au repas. En revenant première surprise : le repas est en supplément et il faut réserver maintenant! Ok… ! On s’en sort pour 500 lei en tout, soit un peu plus de 100€ à deux. C’est cher… très cher.

Et là, une fois engagés, on déchante vite. Déjà le gérant demande de payer en avance. Nous demandons à payer au retour sentant que l’affaire peu mal tourner. Et là il nous dit « Dans le bus on paye avant » ce auquel nous lui rétorquons que « Dans un restau on paye après… » ; mais nous n’aurons pas gain de cause. On arrive sur le bateau. Le pilote (vieux rockeur jeans/ blouson de cuir) met la radio, musique de boite de nuit à fond et il lance les 200 chevaux du moteur ! Il est 11h et la ballade commence. On va si vite que l’on ne voit presque rien. On passe à travers des groupes de cormoran sans aucun vrai respect de l’animal qui est sur notre route. Certes pour le moment nous sommes sur  le canal le plus fréquenté, mais tout de même ! On vire à droite dans un canal plus petit pour se diriger vers la colonie. À 12h le soleil est assez mauvais pour faire de belles photos, il y’a plusieurs bateaux dans la colonie et, voyant notre intérêt pour les oiseaux, le pilote va jusqu’à entrer dans les arbres sous le nid de ces derniers ! Une heure plus tard, on refile à toute allure vers l’autre bout du Delta pour le repas. On ne ralentira que dans une zone à nénuphars pour voir les fleurs. Le repas est assez fade bien qu’il s’agisse de plats traditionnels : carpe avec sauce à l’ail, soupe de poisson, polenta, poisson frit et dessert de pâte feuilletée/fromage frais/sucre glacé. Mais comme dans un voyage chaque occasion en ouvre d’autres, le repas sera le moment de sympathiser avec les Néerlandais. Ils viennent de finir leur tour de Roumanie de 15 jours et l’un d’eux veut aménager un van pour voyager. Il vient d’ailleurs tout juste de passer son permis pour cela. À la fin du repas, c’est reparti pour 2h de pleine vitesse non-stop sur le canal principal. Les deux Néerlandais discutent pas mal avec moi alors que Thomas dort à l’avant (il doit faire contrepoids pour éviter au bateau de trop se lever… Joie !). Un de nos deux nouveaux amis me confiera qu’ils se sentent mal de nous avoir amenés à faire ce tour de bateau si loin de nos attentes. Une fois à quai nous partons ensemble voir le Defender. On discute et ils nous posent des questions assez inhabituelles, ce qui est plaisant. Pas de questions techniques sur l’aménagement, pas de questions pratiques sur la vie en voyage, pas de question sur la sécurité, mais des questions sur notre expérience. Sommes-nous satisfaits ? Quelle est la meilleure chose, quelle est la pire chose en voyage ? Comment la relation se passe dans un espace confiné ? La discussion se poursuivra autour d’une ou deux pintes de Guinness pour finir quatre heures plus tard au soleil couchant. Nous leur dirons au revoir et partirons sur site d’Isaccea pour la nuit, devant le Danube et face à l’Ukraine !

Malgré un mauvais choix de prestataire, notre premier tour dans le delta du Danube nous aura offert un couple de Pyguarge à queue blanche (Haliaeetus albicilla)

Le lendemain, le réveil a été brutal. C’est la police des frontières roumaine qui nous appelle à 06:45! Ils nous avaient vus à 1:00, mais, par gentillesse, n’ont pas voulu nous réveiller ! Simple contrôle de nos passeports, mais après ça, qui retourne au lit ? On est parti de bonne heure et sous la pluie vers Tulcea, cette fois-ci pour visiter le Musée du Delta. C’est un petit musée, avec des animaux de la région naturalisés, et un aquarium contenant des espèces de poissons du Danube. La pluie ne s’arrêtait pas. On est resté dans la ville pour manger au resto d’un hôtel quatre étoiles : sandre et carpe frits (bien plus savoureux que la veille !). Avant de partir vers un nouveau bivouac, nous décidons d’aller voir sur le quai si on trouve la fameuse compagnie CHETTUSIA pour organiser, peut-être, une nouvelle sortie le lendemain. Personne sur le quai, il était plus de 16 :00 déjà ! Mais le responsable de cette compagnie qui promettait du vrai Birdwatching arriva. Il nous fit comprendre que sa compagnie était « the place to be » si on voulait voir les oiseaux du Delta. Un seul problème : il ne sera pas disponible à un autre moment car il part avec 30 personnes dans le delta pour 10 jours ! La sortie doit se faire maintenant si on veut en faire une. Ni une ni deux, nous partons prendre nos appareils photo et jumelles, et on embarque dans son petit bateau. Et là nous aurons eu le droit à 4h  privilégiées au cœur du delta, quasi seuls sans aucun touriste ou bateau rapide. Le Delta nous offre alors un autre visage et dévoile sa magie.

Couper le moteur et se laisser porter par le courant sans bruit! Voila comment approcher les oiseaux du Delta!

Nous passons par « le boulevard des martins-pêcheurs », celui-là même où nous étions passés hier sans en avoir vu un seul. Et bien cette fois-ci nous n’arrivons même pas à tous les voir tellement ils passent rapidement et nombreux ! Puis nous arrivons en plein milieu de la colonie. Moteur du bateau éteint, silence, téléphones coupés et respect pour la Nature. Nous vivons la vie lente du delta au cœur de l’orchestre mal coordonnée des vocalisations de toutes les espèces (a voir dans notre Vlog 12). Et puis la pluie ! On s’abrite sous les branches des arbres sans oiseaux. On a la sensation d’être en pleine jungle ! Serait-ce l’Amazonie roumaine ? Après la pluie, le ciel s’ouvre sur un soleil couchant se mêlant en un petit arc en ciel aux gouttes d’eau qui s’éloignent derrière les colonies. Cette lumière d’un doré chaud nous offre des moments magiques en compagnie des hérons, cormorans, rolliers, pélicans, crabiers, canards, spatules, poules d’eau, cygnes, grèbes, mouettes, corneilles et même des pyguarges à queue blanche! Le pilote est entièrement à notre disposition. Il n’arrête pas de nous demander quelle espèce nous intéresse et si la position du bateau est favorable pour la photo. Grâce à lui nous avons ce que nous désirions.

Véritable symbole du Delta, la moitié des grand pélican blanc (Pelecanus onocrotalus) d’Europe nichent ici!

Nous repartons la tête emplie des souvenirs de nos aventures à la surface de ce fleuve. Nous partageons désormais un peu ce qu’a vécu l’équipe Cousteau dans le delta, expédition qui m’a tant fait rêver lorsque j’étais petite !

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