Cette deuxième semaine en Roumanie aura été un véritable ascenseur émotionnel pour nous deux! Après avoir quitté la région du Delta du Danube, nous avons pris la direction du Centre/Nord du pays. Mais avant cela nous devons impérativement trouver un imperméabilisant avant de monter dans les pays scandinaves, car nous ne voulons pas revivre les prises d’eau que nous avons eue en Albanie. Or le seul magasin vendant du Fabsil dans le coin est à Bucarest. Cela nous demandera de faire un détour de 100km, mais ça devrait valoir le coût ! Malheureusement, une fois sur place, nous nous rendons compte que ce magasin n’existe pas ou plus. Alors, avec beaucoup de fatigue et plus vraiment d’option pour trouver du Fabsil, nous prenons de nouveau la route vers les volcans de boue de Berca! Heureusement nous trouverons un équivalent Eco-friendly plus tard, à Brasov (Toko Eco Wash-In Proof). On verra si c’est assez efficace !

Visite du plus grand volcan de boue de Paclêle

Partis au petit matin, nous arriverons aux volcans de boue de Berca au coucher du soleil. Le moment parfait pour réaliser quelques photos ! Alors nous prenons le matériel et nous lançons à l’exploration de ce lieu surréaliste. Paysages lunaires au milieu de la forêt, la visite du premier volcan de boue tournera mal. La fatigue n’aidant pas, j’ai vu ces volcans comme une simple flaque de boue et c’est aux dépens d’Alice que je me rendrai compte de ce que signifie le mot « volcans ». L’histoire débute avec une idée simple : réaliser des photographies promotionnelles pour notre partenaire, la coutellerie des Couteaux Morta. J’étais à ce moment en train de photographier le couteau d’Alice, un véritable bijou en bois semi-fossilisé de 5 000 ans avec inclusion d’ivoire de mammouth et lame Damas offert par Jean, notre coutelier. Les angles de vue étaient difficiles à trouver et le soleil se couchait entrainant sa belle lumière dorée avec lui. Alors lorsqu’un bon angle fut trouvé, il fallait en profiter. Au bout d’un moment l’activité du volcan s’intensifia ! Les remontées de gaz dans la boue offraient de belles possibilités de mettre en valeur le couteau. Contraste entre le travail délicat de l’artisan et la géologie brute du volcan! En un instant tout bascula. Une bulle plus grosse que les autres engendra une vague qui déstabilisa le couteau et plouf. Je plongerai ma main dans la boue du volcan sans même savoir si elle était chaude. « Volcan ». Ce mot si banal à l’entrée du site prend désormais tout son sens. C’est un trou aux parois abruptes plongeant à 3km dans les entrailles de la croute terrestre ! Il n’y a plus rien à faire. Nous sommes choqués et complètement désemparés. Perdre ce couteau fut le symbole de tous nos doutes sur le voyage. Nous perdons ce qui est précieux parce que nous ne savons pas prendre le temps et réfléchir. Ce sera le début de plusieurs remises en question de notre voyage. Pourquoi n’arrivons-nous pas à vivre à 100% notre rêve ? Devons-nous arrêter la casse ? Devons-nous travailler en voyage ou bien être en vacances ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Comment puis-je réparer mon erreur… ? (cette dernière question ne trouvera bien entendu aucune réponse). Le lendemain matin notre impression de laisser filer le voyage s’apaise quelque peu, sans totalement disparaître, et nous parviendrons à vivre l’exceptionnalité du plus grand volcan de la région. Quel endroit exotique ! Les fissures de la plaque tectonique laissent s’échapper gaz, eau et particules rocheuses créant en surface des cratères où une boue bouillonnante froide et mêlée à un peu de pétrole s’épand aux alentours, ne laissant place qu’à l’accumulation de minéral et à l’érosion. Nulle place pour la végétation ici !

Les volcans de boue de Berca, leur paysage interplanétaire et notre beau couteau Morta, ou quand le travail nous coûte très cher

En allant un peu plus au Nord, les paysages roumains se transforment. La montagne se découpe, le climat se rafraichit et les plaines agricoles laissent la place aux grandes forêts froides de conifères. Avec ces changements apparaissent nos premières peurs des ours ! La Roumanie compte plus de 4000 ours bruns sur son territoire. Il faut alors mettre en place de nouvelles habitudes de sécurité pour les nuits en bivouac sauvage : ne pas trop s’éloigner de la voiture, allumer le phare de travail et toujours bien observer avant de s’aventurer à l’extérieur. Nous ne laissons plus de vaisselle dehors et fermons systématiquement les portes pour cuisiner. Mais il faut le dire : même avec toutes ces précautions, on avait vraiment très envie de pouvoir observer ces animaux !

La corne de brume, un autre moyen de se protéger face aux ours lorsqu’il faut s’éloigner.

La visite de la mine de sel de Slanic nous promettait un exotisme aussi important que celui des volcans de boue. Après nous être délesté de 40 lei (l’équivalent à 8 euros), on entre dans un minibus. Ici personne ne parlait ni anglais ni français et nous n’avons aucune idée de ce qui va arriver. En fait, arrivés à l’ouverture, nous sommes tout simplement dans le bus des salariés qui travaillent dans cette mine. C’est un peu grisant et enfin on se dit qu’on va « à l’aventure ». Le moment est joyeux. Plus qu’il ne devrait l’être d’ailleurs. Surement un moyen de contrebalancer avec nos dernières mésaventures. Après quelques kilomètres parcourus sous terre, nous sommes arrivés dans un endroit énorme. A 208m sous terres, sans aucune indication, nous errons dans des salles de 54m de haut. Après un mini musée, nous voyons de plus en plus de jeux pour enfants. Puis un bar avec des billards, une fontaine de stalactites de sel totalement artificielle éclairée de toutes les couleurs, un terrain de foot et un laboratoire d’étude radioactive. C’était une visite étrange et surtout un peu nulle. Ce site n’est finalement qu’un lieu atypique qui sert en grande partie de garderie pour les enfants. Nous qui voulions apprendre sur le travail de la mine, son histoire, son utilisation ; nous partirons déçus. Direction la région du Château de Bran, proche de Brasov, où nous savons que des ours sont venus régulièrement se nourrir dans les poubelles de la ville il y a seulement quelques mois. Le paysage de forêt s’installe de plus en plus dans notre quotidien à mesure qu’on approche de la Transylvanie. Une fois dans les gorges du parc National Piatra Craiului, une forêt habitée par 25 loups, des lynx et une vingtaine d’ours et située à proximité du château de Dracula ; nous passerons une nuit peu rassurante, mais très excitante ! Vivre un jour un orage violent en forêt Transylvanienne, dans des gorges où le tonnerre résonne ne vous laissera surement pas insensible ! Mais toujours pas d’ours autour du bivouac. On essaie d’éviter une rencontre surprise, mais on veut le voir quand même. La limite entre observation et mise en danger est assez fine avec eux. Il faut les observer sans attirer leur attention (présence de nourriture/être une menace), les approcher tout en étant en sécurité… nous prenons la route de Sinaïa où plus la route monte plus il y a des possibilités de les voir! En effet les panneaux de mises en garde se multiplient et un visiteur improbable nous assure que nous sommes sur la bonne piste. Par deux fois des renards viendront nous observer à quelques mètres seulement. En France le renard est chassé ce qui les rend terriblement méfiants. Ici leur comportement de prédateur opportuniste prend le dessus et la moindre odeur devient une occasion d’avoir un truc à se mettre sous la dent. Et leurs grands cousins ont le même comportement !!! Entre ballade, piste et bivouacs, nous ne voyons toujours pas d’ours. Mais la faune est présente : écureuil, sangliers, chevreuils, renards… Alors on continue de remonter les Carpates en prenant la direction de la Transfagarasan, une route réputée pour être une des plus belles du monde.

Curieux et pas peureux, les renards nous rendent visite en bivouac!

Elle est encore loin et nous voulons un peu plus d’aventures ! Trop longtemps que l’on fait les touristes entre simples visites et route d’asphaltes. Alors on décide de ne pas contourner la montagne, mais de couper à travers les petites routes… enfin ce que notre GPS considère comme des routes. Après le passage d’un des villages, une « route » était en fait une piste rendue extrêmement boueuse pas les derniers orages. Ce n’est pas de la simple boue qui salit, c’est de la boue collante qui s’agglutine sur nos chaussures et nos pneus. Un premier obstacle passé, nous approchons d’une monté qui se termine en courbe. Nous roulons, mais la boue englue nos crampons. On finit par avoir la sensation d’être à « holiday on ice » plutôt que dans une voiture ! On avançait avec attention et un peu de difficulté, mais un moment la voiture n’avance plus. Coincée avec le côté gauche complètement enfoncé dans cette crème marron, nous penchons en devers, le rebord de la piste creusé depuis des années par le ruissellement et le passage des tracteurs l’ayant enfoncé à près de 2m sous les champs voisins. Nous sommes à deux doigts de nous poser sur le côté. Après 2h30 très tendues, on a enfin réussi à avancer grâce à la combinaison de nos plaques de désensablage + un dégonflage des pneus, passant de 3 à 1 bar! Le soulagement nous a donné un bon coup d’énergie pour finir le boulot: ranger tout notre matériel bien lourd, et trouver un endroit plat pour dormir. On s’est alors posé sur un coin d’herbes en bord du chemin dans un verger de prunes, mais un fermier du coin nous a dit que nous n’étions pas en sécurité à cause des ours et des loups. Partagés entre envie de rester et envie de partir, nous prendrons finalement la décision de dormir dans un de ses prés, devant chez lui. Une petite ferme d’une vingtaine de vaches, une maison très simple, et ce monsieur qui ne parlait ni anglais ni français. On est alors allé lui proposer une bière, en remerciement pour sa gentillesse. Il nous propose à son tour de la tuica, l’eau de vie locale faite à partir de prunes. Après cinq verres, dont trois non voulus, nous nous couchons non sans quelques vertiges pour moi! Le lendemain matin Lica et sa femme, Veronica, nous ont proposé du lait frais, du beurre fait à la main, et du fromage frais artisanal aussi! Une délice qu’ils nous auront offert sans jamais accepter le moindre paiement ! De là, on reprend le programme interrompu la veille par cette fameuse piste boueuse : direction la Transfagarasan! Nous partons de cette ferme avec le sourire, prêt à continuer nos découvertes.

On a tellement voulu le voir, voici l’ours brun, observé en bord de la route Transfagarasan

Le voyage prend alors un nouveau visage. Les doutes et points négatifs du début de semaine s’effacent pour laisser place aux plaisirs et cette bonne humeur nous amène à acheter du miel en bord de route, directement aux apiculteurs. Le voyage est aujourd’hui le rêve que l’on voulait : tout va bien, on a vécu de bons moments entre vrai off-road et rencontres. Le voyage nous plaît bien et plus la Transfagarasan grimpe, plus elle s’embellit. On commence à voir de la neige sur les sommets des monts Fagaras, mais quelque chose ne va plus, la voiture à du mal à avancer. On s’arrête, on vérifie et on décide de faire demi-tour pour aller vérifier ça au garage de la ville la plus proche, à 50 km! Le chemin inverse est essentiellement descendant, mais à la première montée légère, la voiture s’arrête complètement et ne démarre plus. La colère commence à monter. Quatre tours au garage en seulement 2 mois et demi. Le Land Rover ne faillit pas à sa réputation : jamais mort, mais TOUJOURS malade ! Les tentatives d’appeler l’assurance pour avoir une dépanneuse ne servent à rien, car nous sommes au milieu de la forêt et il n’y a pas de réseau. Il ne nous reste que le recours au numéro d’urgence, le 112. Ils nous envoient alors la police. Un peu plus d’une heure après, ils nous aideront à mettre la voiture sur le côté de la route et nous ramèneront en ville. Et là, sur le chemin, enfin la rencontre tant attendue! Deux observations d’ours, dont une maman avec un bébé! C’est la joie totale pour Alice, un peu moins pour moi qui n’arrive pas à faire de belles photos! Des ours sur une des plus belles routes du monde, vus par la fenêtre d’une voiture de police… C’est une aventure bien unique quand même !

Le Def est déplacé un ambulance… oups, en dépanneuse!

Le lendemain, un dépanneur envoyé par l’assurance nous cherche à l’hôtel et on passera la journée avec lui : d’abord pour chercher la voiture (avec encore une observation d’ours sur le chemin), et après pour l’amener à son garage à plus de 100 km de là. Le diagnostic tombe : la pompe à gasoil d’origine (soit 17 ans) est encrassée par le gazole de mauvaise qualité. L’assurance nous propose alors de nous rapatrier en France le temps de la réparation. Donc voilà, nos aventures s’arrêtent là pour le moment. On essaie d’en profiter pour se reposer, voir la famille et les amis, manger des croissants… mais on espère que ces vacances du voyage passeront vite !

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